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Comme nombre de mes contemporaines, je me suis interrogée sur la souffrance de l’amour. Focalisée sur mon nombril et tentée de tout expliquer à partir de ma psyché, j’ai mis de côté l’influence de la société sur mes états d’âme compliqués.

Eva Illouz, en étudiant l’affaire d’un point de vue sociologique, apporte un nouvel éclairage sur la manière de vivre nos émois dans notre société. Psychiatres et psychologues s’appliquent à remonter le cours de notre histoire mais rares sont ceux qui s’interrogent sur notre Histoire. Ces valeurs, ces injonctions, ces ordres implicites qui nous obligent à adopter un comportement pour répondre aux critères contemporains.

Soyez sincère avec vous-même. Vous êtes sans doute comme moi entourée de femmes qui affirment haut et fort qu’elles sont épanouies dans leur célibat sans entraves, arborant fièrement une sexualité rythmée et sans attaches, leur laissant tout loisir de s’adonner à leur activité préférée. Pour certaines, c’est tout simplement vrai, mais la plupart vous diront rapidement qu’elles cherchent l’homme à aimer. En s’affichant ainsi, émancipées par une activité sexuelle de type sérielle ou détachée, les femmes essayent surtout de se montrer indépendantes et affirmées. Une femme multipliant les partenaires et affirmant son désir d’indépendance apparaît aux yeux des hommes plus rare et plus précieuse, plus inatteignable et donc plus désirable… Inconsciemment, elles se soumettent aux injonctions de la société et au désir des hommes que la femme attendant avec ferveur le bien-aimé peut effrayer.

Elles privilégient l’image qu’elles souhaitent donner au risque de souffrir, mêlant encore émotions et sexualité. L’émergence de la notion d’expérience sexuelle impliquant une vie sexuelle séparée de la vie affective et autonome par rapport à elle.

Cette attitude étant l’exacte inverse des critères d’affirmation qui importaient jusqu’au milieu du 20ème siècle, le sérieux étant auparavant une condition préalable au mariage.
« La modernité voit un renversement de cet état des choses : une femme « sérieuse » qui, se faisant, signale son intérêt à priori pour une relation stable, un véritable engagement, est sans intérêt. »

Exacte inverse et également sans doute gage de souffrance pour certaines. Le problème étant avant tout l’obligation de se conformer à la norme.

Il en va de même pour le chagrin d’amour qui a perdu toute sa splendeur. L’engagement qui était autrefois gage d’honneur et de fiabilité aux yeux de la société a été remplacé par le sex-appeal et la sexualité, nouvelle donne pour accéder au graal de la conjugalité.

A défaut d’y trouver la clef, j’ai compris à quel point la société continuait à nous enfermer. Instructif.

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Casse-tête chinois

Ils ont grandi, nous aussi. Ils ont 40 ans, nous aussi. Et toujours cette drôle impression de mise en abyme. Ils sont derrière l’écran et nous également.
Ils sont divorcés, comme une fatalité et crucifiés entre le regard sans concessions de leurs enfants et leur cœur qui commence à battre ailleurs, plus fort, encore…
Bousculés, tergiversant, tout en haut, en équilibre au milieu de leur vie. Celle qui reste à explorer avec des cheveux blancs. Ne sachant s’ils ont raté leur vie ou au contraire, en train de réellement la construire, enfin.

C’est Romain Duris, qui comprend à la lumière de Shopenhauer, que le revers de la tapisserie est moins beau, certes, mais que l’on n’y distingue tous les fils qui l’ont composée. Comprendre, interpréter et découvrir la clé de notre identité…
C’est Audrey Tautou qui se contrebalance de passer pour une salope au lit et clame haut et fort ce qui l’a fait jouir « Parce que j’ai 40 ans merde maintenant. »

C’est Cécile de France, qui se tape une jeune pour le plaisir de se sentir plus vivante

C’est le regard de l’enfant percutant qui nous oblige à nous regarder bien en face et à assumer les mensonges et nos envies les plus profondes.

C’est rien, c’est 40 ans et encore une dois, personne ne nous avait prévenus. Klapisch le fait très bien pour qui sait regarder.

Une photo éclatante comme le sourire que Monica Sabolo m’a rendu. Du rouge pour le sang, de mère en fille où comment transmet-on ce que ne veut pas dire.
Du rouge pour l’amour que Monica décortique  au scalpel, surtout l’histoire et son fil conducteur bien apparent.
Du rouge pour le rire, pour ces éclats que je n’ai pu retenir, que j’ai adoré ressentir. Monica Sabolo est un clown de son époque. Une belle fille brillante, qui ne sait pas garder la tête froide mais sait rire de son impulsivité.

La tête froide, l’auteur y excelle.  A travers les commentaires des photos d’objets, témoins de son épanchement sentimental. A travers  la retranscriptions des textos, où l’on assiste, désappointée à  la fin d’un amour à coup de messages  adressés à l’être aimé. A travers son autocritique ironique et irrésistible.

Ex : données entrainant chez le sujet MS, de façon concomitante , des stimulis posi
tifs et négatifs, dits « ambivalent »

Troubles du métabolisme et de la nutrition (anorexie, boulimie, surdose nicotinique)[…]Euphorie. Abattement. Altération de la concentration. Impulsions à caractère involontaire s’imposant de façon obsessionnelle à l’esprit du sujet (le sujet MS s’interroge sur l’opportunité d’un contact de son pied sous le bureau avec celui de l’objet XX). Affection du système nerveux (confusion, tremblements, baisse de conscience trouble de la parole – cf usage du mot « penis » au lieu de « tennis »). Affections cardiaques, (palpitations).  

Drôle, vrai, vivifiant, régénérant.

photo représentant la couverture du livre Tout cela n'a rien à voir avec moi

Couverture du livre Tout cela n’a rien à voir avec moi

 

l’amour 2.0

Le titre déjà. Moment d’un couple. Le temps d’un couple à l’instant T. Une photo prise sur le vif et un état de fait. Le couple, ce monstre à deux têtes est bien composé de plusieurs ères. Nelly Alard parle du quaternaire. La période de glaciation vers la quarantaine. Les petits à l’abri, le couple harassé et la figure de l’amant / maîtresse au tournant. Rien de bien méchant ni d’original.
Mais le roman s’attaque à un angle, enfin , d’actualité. Comment ces sales NITC accélèrent le processus normal et sème la panique. Autrement dit comment le portable est dans, ces moments-là, notre pire ennemi. Outre l’analyse fine que fait l’auteur de la souffrance et des interrogations d’une femme trompée par son mari, elle introduit ce nouveau personnage, omniprésent et toxique, le téléphone portable.
Celui par qui tout arrive. Qui interrompt nos conversations, nous transforme en espion, porte à notre connaissance et dans les moindres détails de mots d’amour qui ne nous sont pas destinés.
Nous force à rentrer dans l’intimité de l’autre et nous poignarde à force de vérité.
Il est celui qui accélère aussi. Un sms sans réponse peut semer en quelques heures la panique chez la maîtresse aliénée et désemparée. Le réseau social s’immisce aussi. De l’autre côté de l’écran, à distance, l’autre devient rêvé et un moyen de s’évader…

J’ai aimé. Un peu ennuyée sur la fin. L’histoire s’essouffle, Nelly aussi. Mais elle nous laisse quelques belles vérités sur ces moments d’un couple et de son époque ou l’infidélité en 2013.
Couverture du livre Moment d'un couple de Nelly Alard

« Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage », si vous aviez oublié cette citation, Alice Ferney vous le rappelle à votre bon souvenir. Elle prend ici tout son sens.

Serge Korol, trop aimé. Enfant-roi sans limite, tyran et auto-destructeur, élevé par une mère névrosée, n’aura de cesse de séduire les autres pour se sentir aimé. L’admiration chez les autres comble le vide qu’il a en lui. Serge Korol ne s’aime pas, il aime qu’on l’aime pour se sentir exister. A la manière de ses parents.
Né d’une mère mariée trop tôt, « d’une jeune fille en chantier » frustrée à jamais de n’avoir pu réaliser ses rêves de jeunesse et d’un père effacé, Serge Korol empoisonnera à son tour la vie de la jeune Marianne qui deviendra son épouse.
Marianne, la mal-aimée, malmenée par une mère dénigrante ne s’aime pas non plus mais pour d’autres raisons. Elle pense ne pas le mériter. Et Serge Korol de trouver la victime rêvée, consentante et à ses pieds. Le ying et le yang meurtrier.
Les dés sont jetés.
« Elle fit l’erreur de se confier à lui. En se déchargeant du récit de ses conflits avec Brune, elle livrait à Serge une clef de sa personnalité. Serge ne le sut pas consciemment mais l’utilisa inconsciemment : on pouvait tout faire à cette fille, elle revenait. Elle était comme un chien qu’on bat et qui cherche la caresse. »
Deux femmes puissantes, deux mères toxiques ou comment l’éducation, nous donne le rôle, bien malgré nous, que l’on va jouer dans sa vie et au sein de son propre couple.
Je pourrais vous citer des dizaines de pages, je pourrais vous en parler des heures. Le mieux, lisez-le, Alice Ferney est une joaillère qui ausculte avec minutie le mécanisme d’un couple voué à l’inéluctable séparation, à en pleurer. De joie. Je suis ressortie de ce livre éclairée.
Pour finir :
« Ce fut le premier hurlement qu’il poussa, laissant percer un incroyable poids de rancœur, son malaise personnel, son insatisfaction, dont il s’allégeait sur sa femme en la rendant responsable. Ou bien était-ce la détresse de ce qu’il sentait arriver par sa faute. »

Photographie de la couverture u dernier roman d'Alice Ferney "Cherchez la femme"

Couverture du dernier roman d’Alice Ferney
« Cherchez la femme »

Bienvenue à ma nouvelle vie…

souffler_ses_40ans